Mycotoxines : la Big Data au service de la gestion du risque
Mieux prévoir pour mieux agir. En s’appuyant sur plus de vingt ans de données agronomiques, enrichies par l’imagerie satellitaire, Syngenta et Adisseo associent leurs expertises pour une approche prédictive du risque de contamination par les mycotoxines.
Une aide à la décision qui permet aux fabricants d’aliments et aux éleveurs d’adapter leurs stratégies avant même que les céréales ne soient récoltées
Les mycotoxines restent l’un des principaux risques sanitaires pour les filières céréalières et l’alimentation animale. Produites par des champignons microscopiques, principalement du genre Fusarium, elles contaminent les cultures au champ. Près de 80 % des contaminations se développent avant la récolte. Les pratiques culturales, les conditions climatiques et le développement des cultures jouent donc un rôle déterminant dans le niveau de contamination des lots de céréales destinés à l’alimentation animale et, in fine, à la chaîne alimentaire. Sur blé, le déoxynivalénol (DON) constitue l’une des mycotoxines les plus surveillées. Sur maïs, les risques concernent également les fumonisines, mais aussi le DON et la zéaralénone. Pour les fabricants d’aliments, une mauvaise évaluation du risque peut avoir des conséquences importantes. Sous-estimer une contamination peut conduire à incorporer des matières premières présentant des teneurs trop élevées en mycotoxines, avec des répercussions sur les performances zootechniques : baisse de la consommation alimentaire, diminution des performances de croissance et de conversion des aliments, altération de la fertilité ou encore fragilisation de l’état sanitaire des animaux selon les toxines concernées. À l’inverse, une surestimation du risque peut conduire à multiplier les analyses, renforcer inutilement les contrôles, écarter inutilement des lots conformes ou encore recourir à des solutions de gestion des mycotoxines à un niveau supérieur aux besoins réels. Une meilleure anticipation contribue ainsi à limiter les pertes de matières premières, à optimiser l’utilisation des additifs et, plus largement, à réduire l’empreinte environnementale liée à la gestion du risque.
Vingt ans de données au service de la prédiction
C’est précisément pour répondre à ces enjeux que Syngenta a développé puis fait évoluer son modèle prédictif du risque de contamination par les mycotoxines, Qualimètre. Cet outil et ses algorithmes s’appuient sur une base de données associant observations agronomiques, climatiques et résultats d’analyses de mycotoxines collectés sur des céréales issues de toute l’Europe. Cette expertise a servi de socle au développement d’une modélisation aujourd’hui déployée à l’échelle européenne et progressivement étendue à d’autres régions du monde. Qualimètre fournit des prévisions du risque de contamination par le DON sur blé ainsi que par le DON, la zéaralénone (ZEA) et les fumonisines (FUM) sur maïs. L’objectif n’est plus seulement de mesurer une contamination, mais d’en prévoir la probabilité d’apparition afin de permettre aux acteurs de la filière d’agir au plus tôt.
La donnée au service de la prévision
L’outil de Syngenta est le seul à recouper les données météorologiques avec les pratiques agronomiques : rotations, travail du sol, variétés, dates de semis, traitements ou stades de développement des cultures. Depuis quelques années, cette approche est enrichie par l’imagerie satellitaire afin d’affiner encore la prévision du risque. « C’est cette combinaison qui permet d’obtenir une vision plus fidèle du risque », explique Alain Froment, responsable filières chez Syngenta. Les prévisions sont actualisées au fil de la campagne afin d’intégrer l’évolution des conditions météorologiques et du développement des cultures. Cette mise à jour continue permet d’affiner progressivement les niveaux de risque jusqu’à l’approche de la récolte. En France, Qualimètre fournit une prévision à l’échelle de la parcelle. À l’échelle européenne, le modèle repose sur une cartographie selon un maillage de 25 kilomètres par 25. Pour le blé, une première tendance est disponible quelques semaines après la floraison puis affinée avant la récolte. Sur maïs, les prévisions sont régulièrement actualisées à partir de septembre en fonction des conditions météorologiques observées.
Du champ jusqu’au fabricant d’aliments
Jusqu’ici, ces prévisions étaient principalement utilisées par les organismes stockeurs pour organiser leurs plans de contrôle et la gestion des lots. Le partenariat noué entre Syngenta et Adisseo, leader des domaines de la nutrition et de la santé animales, marque une nouvelle étape : pour la première fois, les informations produites au champ sont exploitées jusqu’à la formulation des aliments, créant un véritable continuum de gestion du risque entre les productions végétales et les filières animales. « Jusqu’à présent, nous nous adressions principalement aux organismes stockeurs. Avec Adisseo, qui accompagne les fabricants d’aliments pour animaux dans la gestion des mycotoxines, depuis les matières premières jusqu’à la formulation des aliments, nous prolongeons cette expertise. L’information produite au champ devient un véritable outil d’aide à la décision pour l’ensemble de la filière », résume Alain Froment. Les prévisions de Syngenta sont intégrées à la plateforme MycoMan développée par Adisseo. Celle-ci combine les résultats de ses travaux de recherche, les données issues du terrain et les résultats d’analyses des utilisateurs pour fournir des recommandations adaptées au niveau de risque observé. Les fabricants d’aliments disposent ainsi d’une vision à la fois prédictive et opérationnelle. Ils peuvent adapter leurs plans d’échantillonnage, cibler les analyses, organiser leurs approvisionnements, ajuster leurs stratégies de formulation ou encore anticiper leurs besoins en solutions de gestion des mycotoxines selon les niveaux de risque attendus. « Notre approche repose sur trois piliers : anticiper, détecter et protéger », commente Adrien Rivayrand, responsable de la gamme Mycotoxin Management chez Adisseo. « La gestion du risque mycotoxines ne se limite pas à la détection des contaminations. L’objectif est d’apporter aux fabricants d’aliments les informations nécessaires pour prendre les bonnes décisions au bon moment et adapter leur stratégie en fonction du niveau de risque. »
Anticiper pour mieux décider
L’utilisation éventuelle des additifs destinés à adsorber, désactiver ou limiter les effets des mycotoxines (argiles absorbantes, enzymes de biotransformation, extraits de levures ou autres solutions de bioprotection) est dès lors optimisée. Une approche qui permet de concilier maîtrise du risque sanitaire, optimisation des coûts et utilisation plus raisonnée des ressources. La gestion de la qualité sanitaire devient progressivement prédictive. En mettant la donnée au service de l’anticipation, Syngenta et Adisseo illustrent comment le numérique transforme la gestion du risque, du champ jusqu’à l’auge.