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Mildiou de la vigne, démarrer à temps

Vigne
19.02.2019
Macroconidies

Œufs de mildiou germés.

La lutte contre le mildiou de la vigne doit être préventive. Pour ne pas courir après la maladie, il faut partir à temps ! 

La 1ère intervention au plus proche des contaminations primaires

Pour maîtriser le mildiou, les 15 premiers jours de protection sont déterminants. En effet, la lutte contre le mildiou est une lutte préventive dans la mesure où il n’existe pas de produit éradiquant qui permet de « détruire les symptômes ». De plus, les fongicides mildiou n’ont que très peu d’efficacité curative. Seuls quelques produits permettent de « rattraper » une contamination après 1 à 3 jours.

Il faut démarrer au bon moment en fonction des conditions météo du mois d’avril principalement mais aussi en tenant compte des risques calculés par les modèles et du suivi de la maturité des œufs d’hiver.  En conditions de risque normal, la première intervention contre le mildiou se situe en général après la sortie des tâches primaires et avant la prochaine pluie. Mais dans une année à risque exceptionnel comme 2018, il fallait intervenir plus tôt avant la sortie théorique des foyers primaires.

Pour aider les professionnels à démarrer la protection mildiou au moment le plus opportun, Syngenta développe depuis le milieu des années 2000 un outil d’aide à la décision « Raiso Mildiou » qui permet de détecter les premières tâches de mildiou avant qu’elles n’apparaissent au vignoble ; « Raiso Mildiou est un outil qui repose sur la méthode du sarment rabattu, méthode qui consiste à réserver un sarment en fin d’hiver et à le rabattre sur le sol, en apportant des feuilles mildiousées collectées à l’automne précédent » explique Jean-Baptiste Drouillard, « il permet d’avoir quelques jours d’avance afin d’intervenir avant la sortie des tâches de mildiou au vignoble ».

 


Des modèles pour prévoir le risque mildiou

Plusieurs modèles permettent d’évaluer le risque mildiou. Ils alimentent les Bulletins de Santé du végétal (BSV) qui alertent en saison les viticulteurs du risque dans les différents vignobles.

Le modèle EPI (Etat Potentiel Infectieux) élaboré par S.Strizyck dès 1983 évalue un niveau de risque mais ne détecte pas les contaminations. Il illustre la qualité des œufs d’hiver. Plus l’EPI est faible (inférieur à 10) en fin d’hiver, plus les risques d’apparition de la maladie sont faibles en début de saison. En revanche, si l’EPI est élevé (supérieur à 10), les risques sont importants. En saison, les valeurs de l’EPI varient de - 20 à + 50 en fonction du climat printanier.

Le modèle Potentiel Système Mildiou calcule en fonction des données météo (référentiel de 30 années au moins) et de la pression du mildiou (valeurs de l’EPI), la maturité des œufs d’hiver, les dates de contamination ainsi que leur fréquence et leur intensité. Il permet une prévision à 7 jours du risque encouru par le viticulteur. 

Milvit est un modèle développé par le service de la Protection des Végétaux. C’est un modèle qui comptabilise le nombre d’évènements climatiques favorables aux contaminations. En complément, un indice évalue le poids de l’ensemble de ces contaminations : plus il est élevé, plus le risque est fort.

Plusieurs autres modèles sont développés par des entreprises privées à l’image du modèle mildiou que développe la société Promété :  composé de plusieurs indicateurs, il informe sur l’avancement de la maturité des oospores, les périodes favorables aux contaminations primaires et secondaires, la durée d’incubation et la sortie des tâches sporulantes.


 

Humidité et température déterminants pour la 1ère intervention

Pour ce premier traitement, il est indispensable de s’appuyer sur les informations communiquées par les BSV établis dans les différentes régions viticoles qui indiquent le risque de contaminations primaires corrélés avec un niveau de pluie. Les observations à la parcelle (avec un témoin non traité), la sensibilité des cépages et plus encore les conditions d’humidité et de température permettent alors au viticulteur de raisonner avec précision la date de la 1ère intervention mildiou. « Dans les vignobles atlantiques, souvent plus humides, le 1er traitement mildiou se situe en général avant l’apparition des premiers foyers primaires alors que dans les vignobles méditerranéens, compte tenu des conditions météo souvent plus sèches, certains vignerons font le choix d’intervenir après l’apparition des premières tâches » souligne Jean-Baptiste Drouillard. Une stratégie parfois risquée comme en témoigne le millésime 2018, « où il était souvent plus prudent de protéger la vigne sans attendre la sortie des contaminations primaires compte tenu du risque de pluies au moment de la sortie des premières taches » observe Jean Litoux, ingénieur conseil culture Syngenta dans le sud-est. « La situation était d’autant plus explosive que par la suite les jours de pluie se sont enchaînés avec une rosée quasi permanente qui maintenait l’humectation et favorisait les repiquages » ajoute-t-il.

 


Un démarrage précoce de la protection mildiou gagnant en 2018

Dans un contexte climatique exceptionnel avec des pluies continues et régulières où les contaminations se sont succédées très rapidement parfois au rythme de 3 à 4 évènements contaminants par semaine, il était nécessaire de ne pas attendre la sortie des foyers primaires pour éviter les repiquages successifs mais « d’adopter une stratégie plus sécuritaire dès que les pluies se sont enchaînées et en déclenchant les programmes de protection indépendamment de la sortie des foyers primaires ».

Source : Note technique IFV 2018.


 

Bien positionner le 1er traitement mildiou pour être plus serein

Pour une protection réussie contre le mildiou et plus de sérénité, Christophe Barraud consultant dans le Luberon et les Côtes du Rhône pour 2 domaines viticoles fait le choix d’une protection précoce. « En général, je commence tôt à protéger les vignes dès le stade 3-4 feuilles avec, certes un objectif oïdium et black-rot, mais le métirame avec lequel j’interviens me permet de protéger aussi les vignes du mildiou. Ainsi, en 2018, où nous avons dû affronter un climat quasi tropical en avril et mai, cette intervention précoce m’a permis de bien démarrer la protection mildiou alors qu’on devait faire face aux foyers primaires et aux repiquages au même moment. Au final, j’ai réalisé seulement 8 interventions contre le mildiou et surtout j’ai eu une très belle récolte sur les 2 propriétés » explique-t-il.

Christophe Barraud