France

Vous êtes ici

Share page with AddThis

Mildiou de la vigne, le rôle prépondérant du climat

Vigne
11.02.2019
Mildiou sur vigne avant fleurs

La campagne 2018 a rappelé l’importance de la température et l’humidité pour le développement du mildiou dans les vignobles.

La survie hivernale du mildiou conditionnée par les pluies

Le mildiou se conserve sous forme d’oospores présentes dans les feuilles attaquées en fin d’été et tombées au sol. Ces œufs d’hiver sont produits par la reproduction sexuée. Ils sont très résistants aux basses températures, jusqu’ à - 20 à - 26 °C et très dépendants du taux d’humidité. La survie et la maturation des œufs d’hiver sont conditionnées par la quantité de pluie au cours de l’hiver. Cela signifie que, malgré une campagne 2018 exceptionnelle sur le front du mildiou avec un inoculum conséquent à l’automne, pour 2019, la quantité d’inoculum mature en sortie d’hiver dépendra des conditions climatiques de la fin de l’hiver et notamment de la pluviométrie de mars-avril. « Sur le terrain, nous contribuons au suivi de la maturité des œufs d’hiver avec notre outil MaturMildiou en complément du travail réalisé par les services officiels » explique Jean-Baptiste Drouillard, expert vigne chez Syngenta.

Un fort potentiel d’inoculum en 2018

Les outils de modélisation développés par l’IFV indiquaient un très fort potentiel d’inoculum prêt à germer en début de campagne. Ce potentiel n’a fait qu’augmenter, de manière très rapide, sur les séquences pluvieuses. Cette situation, que nous n’avions pas rencontré les années passées, pourrait s’expliquer par la climatologie hivernale. En effet, dans la plupart des régions, les mois de février et mars ont été plus humides que la moyenne. Cette pluviométrie importante au débourrement et les longues durées d’humectation pourraient ainsi expliquer ce fort potentiel d’inoculum très virulent en début de saison.

Source : Note technique IFV octobre 2018

11° et 5 mm de pluie minimum pour les contaminations primaires 

La maturation des œufs d’hiver se déroule de mars à mai. Les conditions nécessaires pour une contamination primaire sont des oospores à maturité, une pousse de la vigne d’environ 10 cm (2 à 3 feuilles étalées) et une pluie minimum de 5 mm sur sol humide en 1 ou 2 jours avec une température supérieure à 11 °C. En général, dès début avril pour les vignobles méditerranéens et fin avril début mai pour les autres, les œufs germent ainsi dans l’eau et à la faveur de températures optimales, ils libèrent des oospores qui provoquent les contaminations primaires. La période d’incubation qui suit  peut durer de 7 à 14 jours en fonction des conditions de température et d’humidité. 

A l’issue de cette période, apparaissent les symptômes de mildiou, tâches d’huile sur la face supérieure des feuilles puis sporulation blanche sur la face inférieure (conidies). Plus les œufs sont mûrs tôt, plus l’attaque peut être importante dans la modélisation d’une évolution exponentielle de la maladie. Les hivers doux et pluvieux favorisent non seulement la précocité de la maturation des œufs d’hiver mais également l’agressivité de l’inoculum.

Temps d’incubation (entre la contamination et l’apparition de la fructification blanche) en fonction de la température

Température en ° C121416182022242628
Nombre de jours14108654446

Les pluies printanières favorisent les contaminations secondaires

Une nouvelle fois les pluies vont jouer un rôle déterminant dans le cycle des contaminations secondaires ou repiquages. En effet, les spores issues des contaminations primaires vont se détacher avec le vent ou la pluie pour aller contaminer d’autres organes de la vigne s’ils sont humectés au moins 2 heures provoquant ainsi des contaminations dites secondaires ou repiquages. Ces nouveaux cycles dits secondaires peuvent ainsi se succéder plusieurs fois au cours du cycle végétatif de la vigne. Le nombre de contaminations secondaires dépend des conditions climatiques, notamment de l’humidité et de la pluie. Ainsi, par temps de brouillard, la maturation des conidies (qui assurent la dissémination de la maladie) est très rapide (1 à 2 heures) alors que par temps plutôt sec, les conidies formées mettent plus de temps pour germer (6 à 8 heures).  En 2018, année très favorable au mildiou, on a pu compter jusqu’à plus de 40 jours de contaminations dans certains secteurs du bordelais avec parfois 3 à 4 contaminations par jour !

La fréquence et l’intensité des pluies à l’origine de l’explosion du mildiou en 2018

En 2018, les cumuls de pluie au cours des mois de mai et juin se situent généralement dans la moyenne trentennale ou juste au-dessus. En revanche, le nombre de jours de pluie durant cette période est plus élevé que la moyenne, favorisant un maintien de l’humidité pendant de longues périodes. L’explosion du mildiou fait suite à ces séquences pluviométriques particulièrement longues.
A Bordeaux, entre le 21 mai et le 15 juin (soit 26 jours), il est enregistré 23 jours de pluie sur certains secteurs.
Sur l’arc méditerranéen, entre le 29 avril et le 12 juin (soit 44 jours), il est enregistré 31 jours de pluie. En moyenne, on peut observer deux évènements pluvieux par semaine et une absence totale de mistral sur cette période. 

Source : Note technique mildiou IFV octobre 2018