Les maladies des céréales sous contrôle en 2026
Après un hiver pluvieux, la sécheresse et les fortes chaleurs ont limité le développement des maladies au printemps. Dans certaines régions, la rouille jaune a nécessité une vigilance renforcée.
Une pression maladies modérée sur les blés
Alors que l’hiver et la sortie d’hiver très arrosés avaient laissé craindre un risque de développement des maladies foliaires en début de campagne, la pression est restée modérée dans la majorité des régions favorisée par un temps sec qui s’est installé et qui a limité le développement des champignons.
« Malgré des précipitations hivernales deux fois supérieures à la normale, le potentiel septoriose identifié en sortie d’hiver a été rapidement contenu par le temps sec qui s’est installé » souligne Laurent Mur, Ingénieur Solutions Agroécologie dans le sud, chez Syngenta.
Même constat dans les bassins céréaliers de l’ouest où les conditions météorologiques du printemps ont déjoué les prévisions initiales. « En sortie d’hiver, l’inoculum septoriose était important. Les céréaliers se préparaient à une pression forte mais à partir de la troisième semaine d’avril, le temps sec a limité le développement de cette maladie qui est restée cantonnée aux feuilles basses » confirme Tony Daniel, Ingénieur Solutions Agroécologie dans l’ouest chez Syngenta.
« Les céréales étaient bien développées en sortie d’hiver. La pression maladies est restée modérée. Malgré tout, le T1 s’est avéré rentable en particulier sur les parcelles de blé semées précocement » remarque Thierry Harlozynski, Ingénieur Solutions Agroécologie dans les Hauts de France chez Syngenta.
Vigilance sur la rouille jaune face à de nouveaux contournements de résistance variétale
Si la septoriose s’est concentrée principalement sur les feuilles basses, sans explosion généralisée, la rouille jaune a nécessité une surveillance accrue. Localement, elle a occasionné des pertes de rendement importantes, notamment sur des variétés sensibles mais aussi sur des variétés jusque-là considérées comme tolérantes.
« Un nouveau pathotype venu d’Angleterre, signalé en France depuis 2025, présente une virulence vis-à-vis du gène de résistance Yr15 qui concerne des variétés qui étaient jugées jusqu’alors résistantes » explique Fabrice Blanc.
Résultat, dans des régions comme la Bretagne, « les céréaliers se sont trouvés confrontés à des problématiques de rouille jaune sur des variétés tolérantes qui sont devenues sensibles, avec pour conséquence une pression rouille jaune moyenne à forte dès le début de campagne » observe Tony Daniel.
Dans les zones céréalières de l’Est, « c’est aussi la rouille jaune observée à partir d’avril qui a guidé les traitements » souligne Florent Foulon, Ingénieur Solutions Agroécologie dans cette région. Plus globalement, cet ingénieur souligne l’importance croissante de la rouille jaune et de la rouille brune depuis quelques années compte tenu du changement climatique avec des hivers plus doux, une évolution qui incite à la vigilance sur les variétés sensibles.
Rentabilité du T1 confirmée
Malgré une pression maladies modérée, la campagne 2026 a une nouvelle fois confirmé la rentabilité du T1 pour préserver le rendement.
« En 2026, réaliser un T1 permettait de préserver le rendement en moyenne de 4,2 q/ha, toutes maladies confondues sur la base de 35 essais Syngenta alors que le T2 a permis de préserver 9,5 q/ha » observe Fabrice Blanc. Sur les 31 essais sans rouille jaune, le gain associé au T1 s’établit en moyenne à 3,2 q/ha, sachant que les essais sont en majorité mis en place sur des variétés sensibles pour pouvoir évaluer les performances des produits.
Au total, la nuisibilité des maladies a atteint en moyenne 15,9 q/ha en 2026 dans les essais Syngenta.
« Le T1 est une protection déterminante en cas d’année précoce pour les maladies : il représente 30 % de l’efficacité d’un programme de lutte contre la rouille jaune et la septoriose » remarque Fabrice Blanc.
Pour le T1, de plus en plus de céréaliers se sont appuyés sur la solution de biocontrôle AQUICINE® Duo efficace sur septoriose, souvent associée à du tébuconazole ou à AMISTAR® afin de prendre en compte le risque rouille jaune.
Cette stratégie s’est avérée pertinente dans les situations où la septoriose semblait limitée, mais où le risque rouille jaune nécessitait une protection précoce.
« Avec une faible pression septoriose, certains n’avaient pas forcément prévu de réaliser un T1 mais le risque rouille jaune a changé la donne. Les applications du biocontrôle AQUICINE® Duo associé au fongicide AMISTAR® ont donné de bons résultats » remarque Tony Daniel.
« La météo printanière très sèche n’a pas incité les agriculteurs à réaliser de T1 mais pour gérer la rouille jaune, ce traitement était judicieux » commente Florent Foulon.
Les résultats d’essais pluriannuels vont également dans ce sens. Sur la période 2023-2025, en situation mixte septoriose et rouille jaune, l’association AQUICINE® Duo + AMISTAR® appliquée au T1 a permis de préserver le rendement de 6 q/ha par rapport à une impasse sur ce traitement (19 essais Syngenta).
Le T2, pilier de la protection des blés pour lutter contre la septoriose et les rouilles
Dans toutes les régions, le traitement au stade dernière feuille étalée (DFE) reste le pilier de la protection. Il permet de cibler les maladies susceptibles d’affecter les dernières feuilles, essentielles à l’élaboration du rendement, notamment la septoriose et les rouilles.
Dans les zones céréalières du sud, la rouille brune est un risque à prendre en compte. « Pour les céréaliers du sud, le traitement au stade DFE est la priorité, afin de maîtriser la septoriose et les rouilles, rouille brune notamment. Cette année, la pression de cette maladie a été plus modérée qu’habituellement. Les céréaliers ont protégé leurs blés avec des solutions comme ELATUS® Era + STOROSO® qui ont confirmé leur efficacité » souligne Laurent Mur.
Cette association a donné également toute satisfaction dans les Hauts de France, « où les producteurs redoutaient le développement de la rouille brune qui s’est finalement peu manifestée » remarque Thierry Harlozynski.
Dans régions où la rouille brune était absente, comme en Bretagne, le choix de la protection au T2 pouvait être adapté à un risque principalement lié à la septoriose et à la rouille jaune. Tony Daniel rappelle l’intérêt de la solution ELATUS® Era efficace sur septoriose et rouille jaune sans l’ajout d’un partenaire fongicide.
Dans les essais Syngenta, le T2 a permis de préserver le rendement en moyenne de + 9,5 q/ha en 2026.
Orges, rouille naine en début de saison
La pression maladies sur les orges a également été très discrète en 2026.
« L’helminthosporiose, la rhynchosporiose et même la ramulariose en progression ces dernières années se sont peu exprimées» remarque Tony Daniel.
En revanche, « la rouille naine a été observée en début de campagne » souligne Thierry Harlozynski, « dans ce contexte le T1 était en 2026 plus rentable que le T2 ».
Dans les zones céréalières de l’est de la France, « le développement de variétés brassicoles sensibles à la rouille naine incite à la vigilance » remarque Florent Foulon, tout comme celui de la ramulariose en fin de cycle.
A noter que l’association MELTOP® One + UNIX® Max fait toujours référence au T1 des orges pour une protection efficace sans triazoles, « avec un complément type AMISTAR® en cas d’attaque de rouille naine précoce », précise Florent Foulon.
Des rendements pénalisés par les coups de chaud
Si les conditions sèches ont limité le développement des maladies et facilité leur maîtrise, elles ont aussi fortement pénalisé la fin de cycle des céréales. Les épisodes de chaleur et le manque d’eau pendant le remplissage des grains ont pesé sur les rendements.
Le bilan de la récolte est contrasté, avec des résultats hétérogènes selon les régions et les dates de semis.
« La récolte est très moyenne et très hétérogène. Les parcelles semées précocement s’en sont mieux sorties en évitant les coups de chaud » précise Laurent Mur.
« Les rendements sont très moyens, voire mauvais dans les sols à réserve hydrique limitée », remarque Florent Foulon, « les terres profondes et les secteurs qui ont bénéficié d’orages s’en sortent mieux ».
Dans les Hauts de France, le recul est parfois marqué. « La campagne 2026 se situe en dessous de la moyenne avec des rendements en blé parfois à moins de 80 q/ha alors que ces mêmes parcelles dépassaient les 100 q/ha en 2025 ! En revanche, la qualité est très bonne » commente Thierry Harlozynski.
Dans l’Ouest, les pertes sont également significatives. « Selon les situations, les rendements sont en baisse de 15 à 40 %. Pendant le remplissage, il a fait très sec ce qui a pénalisé les blés » souligne Tony Daniel.
En 2026, la maîtrise des maladies n’aura donc pas suffi à préserver le potentiel de rendement. Les épisodes de sécheresse et de chaleur ont rappelé combien les conditions de fin de cycle sont déterminantes pour le rendement des céréales.