Orges Hyvido

Méthanisation et grain : le pari de SY SPAROO

Installé depuis quatre ans sur 100 hectares de grandes cultures, Clément Servain construit avec sept collègues du secteur une unité de méthanisation en injection.

Installé depuis quatre ans sur 100 hectares de grandes cultures, Clément Servain construit avec sept collègues du secteur une unité de méthanisation en injection. Pour l’alimenter sans sacrifier son assolement, il a testé l’orge hybride SY SPAROO en 3 en 1 : une fauche précoce au stade 3 nœuds pour le méthaniseur, puis une repousse conduite jusqu’à la récolte du grain. Avec 100 unités d’azote supplémentaires pour tout intrant. Retour d’expérience sur la campagne 25/26.

Clément, peux-tu te présenter, ainsi que ton exploitation ?

« Clément Servain, je me suis installé il y a 4 ans sur une exploitation de 100 hectares en grandes cultures, lin, betterave, blé, orge, colza en TC et je me suis associé avec un cousin qui a une partie élevage. »

Où en est le projet de méthanisation ?

« On est depuis mon installation en réflexion sur la création d’un projet de méthanisation avec 7 collègues du secteur, 4 éleveurs et 3 céréaliers. On s’est lancé il y a maintenant 3 ans sur le projet en commençant par des visites de méthanisations, et les travaux ont débuté il y a maintenant un an dans l’objectif d’avoir une méthanisation en injection pour un volume de 150 Nm³/h.

Quel bilan tires-tu de la saison 25/26 ?

« Saison 25/26 un peu compliquée, enfin compliquée non, la saison a très bien commencé avec de bonnes périodes d’implantation pour tout ce qui est céréales, également lin, betterave, patate aussi. Mais là on est parti sur une première période de canicule à un stade laiteux pour tout ce qui est céréales et une 2e période de canicule au niveau de la maturation des grains. Pour ce qui est de l’implantation des orges cela s’est plutôt bien passé, on a pu intervenir assez tôt au 15 septembre sur nos exploitations. »

Quel a été l’élément déclencheur qui t’a poussé à implanter l’orge sur ton parcellaire, dans l’objectif d’alimenter la méthanisation ?

« Comme on se lançait on a fait pas mal de recherches, on ne savait pas trop entre les seigles et les orges, il fallait un peu conjuguer sur nos fermes notre intérêt pour le maïs pour nos élevages et puis les autres cultures notamment la betterave. On ne savait pas trop encore comment conjuguer les deux. L’orge hybride est arrivée sur la table avec l’un de nos techniciens et les échanges avec les autres méthanisations. Ce qui est ressorti, c’est au niveau de la facilité de récolte car il y a pas mal de soucis au niveau des seigles sur la maturité pour les ensiler. »
« On a choisi l’orge hybride parce que notre technicien nous a parlé du potentiel méthanogène qui est assez conséquent et le choix de la variété SY SPAROO s’est fait en raison de sa résistance à la JNO*. »

Comment as-tu conduit l’implantation ?

« On l’a semée entre le 15 et le 20 septembre sur du limon battant avec des parcelles relativement propres au niveau graminées, quelques collègues rencontrent davantage la problématique désherbage mais dans l’ensemble cela reste propre. Chez moi l’implantation s’est faite derrière du lin, du blé et du colza. Les sols étaient libres assez tôt pour l’implanter de bonne heure entre le 15 et le 30 septembre au plus tard pour les derniers, une implantation qui s’est faite dans de bonnes conditions. »
« La parcelle a été implantée comme un semis classique à 2,3 cm avec un travail superficiel et un semoir classique ; ensuite elle a été désherbée aussitôt. »
« Au niveau fertilisation plus tard, du coup sortie hiver, elle a eu 2 apports de 60 unités : un apport courant janvier mi-janvier, fin tallage, début montaison et un 2e apport à épi 1 cm courant mars. »

Pourquoi avoir retenu la variété SY SPAROO ?

« C’est une plante qui recouvre le sol et qui a un potentiel assez conséquent avec des rendements intéressants. »

Sur certaines parcelles tu es allé à l’optimum de la variété pour la méthanisation, et ailleurs tu as fait le choix du 3 en 1. Peux-tu nous expliquer ce choix ?

« Moi j’avais un souci déjà de base de ne pas avoir d’élevage donc le maïs ne m’intéressait pas plus que ça parce que j’avais une grande surface dans les marais où je ne peux faire que du maïs donc j’ai fait une partie avant betterave qui a dû être récoltée de bonne heure, une partie avant du chanvre qui a pu être récoltée plus tard et une à bon stade pour optimiser la méthanisation et le semis de la culture suivante. »

Tu parles de bon stade de récolte, peux-tu développer ?

« Stade laiteux-pâteux vers le 10 avril pour optimiser la production de sucre et maximiser le rendement de gaz de matière parce que sur le premier fauchage. »

Quelle a été ta stratégie de récolte en 3 en 1 ?

« Suite aux conseils de suivi de mon technicien et de Syngenta on a décidé de faucher à un stade moins avancé pour la récolte métha, cette fauche s’est faite à un stade 3 nœuds, on a eu un rendement 1/3 moins productif que la fauche métha mais le tout dans l’objectif de ne pas trop fatiguer la plante pour qu’elle puisse repartir dans de bonnes conditions pour la phase de production de grain. »
« Donc après la fauche la plus précoce j’ai attendu un peu de pluie et une fois repartie en végétation j’ai appliqué 100 unités d’azote en liquide, 1 semaine et demie après la fauche pour pouvoir avoir un potentiel de rendement suffisant en grain. »
« La parcelle est repartie réellement de manière exponentielle 2 semaines après la fauche, et donc la SY SPAROO n’a pas souffert de la première récolte. »

À quoi as-tu fait attention pendant la récolte ?

« On a fauché peut-être 2-3 cm plus haut que les autres en classique, mais on n’a pas fait plus attention que ça au niveau du passage des engins, on a travaillé en très bonnes conditions, la terre était bien ressuyée et on n’a pas fait d’ornières ; la fauche s’est réalisée dans de très bonnes conditions. »

Quel résultat en grain ?

« Suite à la récolte on a réussi à aller chercher encore du potentiel de la variété malgré une première fauche pour la métha assez productive ; en 2ème phase on est monté à 60 quintaux et en moyenne 8 bottes de paille par hectare. Ce qui est très correct. »

T’y retrouves-tu économiquement aujourd’hui avec cette solution ?

« J’estime que oui, avec des cours de la céréale assez bas, la valorisation énergétique est très intéressante donc ça valorise le premier passage d’azote et la mise en place de la culture sur le sol, et la récolte du grain n’est qu’un bonus car il y a eu seulement 100 unités d’azote supplémentaires sur la culture. D’autre part, la résistance à la JNO de la variété SY SPAROO est un point positif. Concernant le salissement, l’orge hybride a été propre tout le cycle grâce à un très bon tallage. Donc c’est très intéressant. »

« Tout le monde est revenu assez surpris de revoir l’orge regaloper et refaire des épis aussi vite ! »

Qu’en pensaient tes voisins et collègues agriculteurs ?

« Énormément de monde est passé, tout le monde était surpris que je laisse une parcelle en friche en avril et tout le monde était assez inquiet à l’idée que j’allais récolter du grain derrière. La parcelle était en quelque sorte morte, jaune et puis tout le monde est revenu assez surpris de revoir l’orge regaloper et refaire des épis aussi vite ! »

Aujourd’hui, recommanderais-tu cette innovation ?

« Oui, surtout dans l’élevage. Cela peut être très intéressant avec les conditions et les incertitudes d’aujourd’hui, et permet une valorisation intéressante, en alimentation bovine comme en méthanisation. 
« La possibilité de faire une récolte grain derrière sans traitement supplémentaire est très intéressante par rapport aux enjeux actuels. »

*JNO = Jaunisse Nanisante de l’Orge.

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