France

Vous êtes ici

Foire aux questions : le sort des abeilles

Bonnes pratiques
28.09.2016
Abeille domestique

Toutes les réponses aux questions que soulève la surmortalité des abeilles.

Quels sont les chiffres clés de l’apiculture ?

  • Le nombre d’espèces par zone géographique
    Le terme abeille prête à confusion car il désigne le plus souvent l’abeille domestique, mais il peut aussi par simplification désigner l’ensemble des « abeilles », c’est-à-dire l’ensemble de la super famille des apoïdes. Il existe dans le monde environ 20 000 espèces différentes d’apoïdes, dont environ 2 500 en Europe et 1000 en France. La plupart sont des abeilles solitaires et seules quelques espèces sont sociales.

  • La dynamique des abeilles domestiques au niveau mondial
    On dénombre environ 65 millions de colonies d’abeilles domestiques dans le monde. Si la hausse de la mortalité des abeilles domestiques est un phénomène reconnu en France et plus généralement dans l’hemisphère nord, la dynamique n’est pas la même sur tous les continents. Depuis 1960 et selon les données de la FAO, le nombre total de colonies d’abeilles domestiques dans le monde a augmenté d’environ 45 %. L’abeille domestique n’est donc pas menacée de disparition.

    Les abeilles sauvages sont beaucoup moins bien connues que l’abeille domestique. Certains suivis (Royaume Uni et Pays-Bas) montrent un déclin des populations d’abeilles sauvages et notamment les bourdons. Ces abeilles sauvages, contrairement à l’abeille domestique, ont besoin de ressources alimentaires et de zones de nidification. La dégradation de leurs habitats et la réduction de sources alimentaires (prairies permanentes, légumineuses…) entrainent une réduction de possibilité de développement.

  • Chiffres de l’apiculture en Europe et en France
    En Europe, une seule espèce, l’abeille domestique européenne (Apis mellifera), est élevée pour produire du miel. Le nombre d’apiculteurs en Europe est estimé à 700 000, pour environ 14 millions de ruches ; 97 % de ces apiculteurs sont des amateurs et ils s’occupent de presque 10 millions de colonies.

    En France, près de 42 000 apiculteurs gèrent un peu plus d’un million de ruches. La production se répartit entre amateurs et double actifs (40 000, soit 97 %) et professionnels (moins de 2000, soit 3 %).

Pourquoi les abeilles sont-elles si importantes ?

  • Cultures pollinisées : diversité, surface, production
    Les abeilles ont une importance considérable pour la pérennité de l’agriculture française. Dans le monde, 80 % des cultures en nombre profitent du service de pollinisation qu’elles proposent. Au niveau mondial, on estime que la production de 35 % des aliments consommés par l’Homme dépend de la pollinisation entomophile. Toutefois, ces cultures ne sont pas nécessairement les plus implantées sur le territoire français. Les surfaces agricoles cultivées en France représentent environ 15 millions d’hectares ; les céréales et le maïs, qui représentent environ 10 millions d’hectares, n’ont pas besoin de la pollinisation par les abeilles. La vigne, les betteraves, les pommes de terre et de nombreuses cultures maraîchères sont dans le même cas. Seules les cultures de colza et de tournesol, les productions fruitières, et certaines production de semences nécessitent une pollinisation entomophile, soit environ 15 % des hectares cultivés (225 000 ha).
     
  • Les pollinisateurs ne sont pas les seuls à polliniser
    Sans pollinisation, les consommateurs verraient la diversité de leur alimentation considérablement réduite. Les agriculteurs, les industriels de l’agroalimentaire, les semenciers, les distributeurs auraient quant à eux du mal à développer leurs activités. Les pollinisateurs ne sont toutefois pas les seuls à opérer cette fonction. Le vent joue également un rôle non négligeable dans le transport des pollens, à hauteur de 20 à 30 % pour le tournesol, ou 70 % pour le colza. L’auto-pollinisation existe aussi pour certaines cultures, dont la vigne.
     
  • Estimation du service économique des pollinisateurs
    La valeur économique du service rendu par les pollinisateurs est évaluée à 153 milliards d’euros au niveau mondial, 13 milliards d’euros au niveau européen, 2 milliards d’euros au niveau national. 

Les abeilles sont-elles plus importantes pour le miel qu’elles produisent ou pour leur rôle dans la pollinisation ?

  • La pollinisation a une valeur 25 fois plus grande que le miel au niveau mondial
    La valeur directe du miel produit dans l’UE est estimée à environ 500 millions d’euros, alors que la valeur annuelle de la pollinisation entomophile pour l’agriculture a été estimée à environ 13 milliards d’euros en Europe. 
    Les abeilles jouent de plus un rôle majeur dans la pollinisation des plantes sauvages bien que sa contribution à la biodiversité n’ait pas été précisément quantifiée. En France, la commercialisation du miel représente environ 100 M€. Le chiffre d’affaire de la pollinisation est quant à lui de l’ordre de 5 M€.
     
  • La pollinisation, l’atout diversité
    Sans pollinisation, plusieurs types de fruits, de graines et de légumes ne pourraient pas être produits en quantités suffisantes : c’est le cas des pommes, amandes, myrtilles, pêches, noix… La pollinisation par les abeilles joue un rôle significatif dans la production du coton et des oranges et, bien évidemment, dans la production horticole et arboricole. Environ 80 % de toutes les cultures européennes sont pollinisées. Par ailleurs, les abeilles contribuent à la biodiversité végétale en pollinisant de nombreuses plantes sauvages.
     
  • Des abeilles domestiques à la rescousse des abeilles sauvages
    Les abeilles domestiques et les abeilles sauvages jouent un rôle complémentaire dans le processus de pollinisation. Certaines plantes ne sont pollinisées que par des espèces d’abeilles sauvages. Par ailleurs, les températures d’activité des différentes espèces d’abeilles ne sont pas identiques.  Ainsi les bourdons peuvent butiner les fleurs à des températures de 10°C alors que l’abeille domestique ne butinera qu’à partir de 13-14°C.

    Le rôle de la pollinisation est maintenant si important que de nombreuses organisations d’apiculteurs élèvent spécialement des abeilles ou des bourdons pour offrir des services de pollinisation. Pour son activité de production de semences de colza et tournesol, Syngenta a ainsi besoin de 12 000 colonies.

    Cependant, ces pratiques posent aussi la question de la compétition entre abeilles sauvages et abeilles domestiques et de l’effet dépressif que les abeilles domestiques pourraient engendrer sur les populations d’abeilles sauvages.

Quel est le lien entre les néonicotinoïdes et les disparitions d’abeilles ?

L’allégation selon laquelle les produits phytosanitaires à base de néonicotinoïdes sont fondamentalement préjudiciables aux colonies ou aux populations d’abeilles n’est pas avérée dans les conditions pratiques. 

  • En France et en Suisse, le contre exemple des zones de montagnes
    En France ou en Suisse, l’effondrement des colonies est la même en zone montagneuse, où aucun produit phytosanitaire n’est utilisé, que sur les terres agricoles. Le gouvernement suisse a ainsi déclaré, au cours de l’été 2012, que les produits phytosanitaires n’étaient pas incriminés dans le déclin des abeilles.
     
  • En Europe
    De récentes études européennes montrent que le niveau de mortalité hivernale des abeilles est supérieur dans les pays du nord (environ 30 %), par rapport aux pays « centraux » (autour de 15 %) ou du sud (inférieur à 10 %). Pourtant, le gradient d’utilisation des néonicotinoïdes nord-sud est inverse, les pays du nord ayant globalement moins besoin d’insecticides.
     
  • En Australie 
    Les protections de semences à base de néonicotinoïdes sont largement utilisées en Australie (pays par ailleurs indemne de Varroa), et pourtant il n’y a pas eu de remontées à propos d’une dégradation significative de la santé des abeilles. De nombreux apiculteurs ont tiré parti de cette situation et ont envoyé leurs abeilles jusqu’aux États-Unis pour offrir des services de pollinisation. Le premier objectif du gouvernement est de se concentrer sur des politiques permettant d’éviter l’invasion du Varroa.
     
  • Ailleurs autour du globe 
    À Madagascar, les néonicotinoïdes sont quasiment inutilisés, mais les apiculteurs ont enregistré des pertes substantielles depuis l’introduction récente du Varroa en 2009. L’Afrique du Sud et le Brésil, en revanche, utilisent largement des produits à base de néonicotinoïdes, et ces deux pays ont des abeilles domestiques qui savent se débarrasser du Varroa et dont les populations sont globalement en bonne santé. 

Quel sont les arguments en faveur de la protection de semences ?

  • Réduire les quantités de produits phytosanitaires utilisées
    Alors que par le passé la protection insecticide passait par une application en plein sur toute la surface, soit 10 000 m² pour protéger un hectare, la protection de semences a permis de localiser l’application sur chaque semence, soit seulement 60 m² pour protéger la même surface. Le traitement de semences permet donc d’ajuster précisément la dose de produit phytosanitaire utilisée pour protéger la plante et de limiter les impacts sur l’environnement. Alors que les insecticides utilisés en pulvérisation foliaire doivent être utilisés à des doses plus importantes. Avec le traitement de semences, moins de 1 % du champ est en contact avec le produit.

  • Un atout pour la productivité de l’agriculture
    Sans protection de semences, l’économie européenne pourrait subir une perte de 17 milliards d’euros avec 50 000 emplois menacés, en particulier en Europe de l’Est. Si les néonicotinoïdes étaient interdits, 3 millions d’hectares de terres en dehors de l’Europe devraient être mis en production pour compenser les pertes de productivité, pour 600 millions de tonnes d’émission de CO2 additionnelles.
     
  • Simplification du travail
    Une semence traitée permet de mutualiser semis et protection insecticides, limitant le nombre de passages du tracteur au champ, simplifiant ainsi le travail de l’agriculteur et réduisant les quantités de carburants consommées.

Selon les experts, quelles sont les causes de disparition des abeilles, et leur importance ?

  • Des causes multiples qui peuvent nuire en synergie
    La plupart des experts pensent que la santé des abeilles est vraisemblablement altérée par plusieurs facteurs, particulièrement quand ils agissent en synergie. Le consensus scientifique suggère que, comme il n’existe pas de facteur unique, Varroa destructor est le principal facteur et éventuellement le dénominateur commun du déclin des colonies d’abeilles domestiques en Europe. Cependant, les efforts visant à trouver des réponses plus claires se poursuivent.
     
  • Les principaux facteurs de mortalités identifiés :
    - Les maladies et les ravageurs, notamment l’acarien Varroa destructor et les virus qu’il transporte, et le parasite du système digestif Nosema ceranae.
    - Les carences alimentaires, dues à la quantité et à la qualité du nectar et du pollen et à leur faible disponibilité dans les zones manquant de diversité floristique.
    - Le manque de connaissances de certains apiculteurs en termes de conduite des ruchers dans le respect des règles d'hygiène et de bonnes pratiques apicoles.
    - Le mésusage de produits phytosanitaires utilisés de manière inappropriée, par les agriculteurs.
    - Perte ou fragmentation des habitats pour les espèces non-domestiques, en raison de l’urbanisation et/ou de la monoculture.
    - La sélection génétique des abeilles, conduite de manière empirique, entraîne une moins bonne résistance aux maladies et aux parasites. Ainsi qu’une moins bonne adaptation aux conditions climatiques françaises.
    - Dans certains pays, les conditions stressantes liées aux transhumances sur de longues distances pour polliniser certaines cultures saisonnières.
    - Les changements climatiques de ces dernières décennies. 

> Pour en savoir plus sur ces facteurs, lire l'article « Les causes de la mortalité des abeilles posent question(s) »

Que fait Syngenta pour protéger les abeilles dans l’environnement ?

  • Démarche conjointe avec les apiculteurs et les autorités
    Syngenta travaille avec les apiculteurs et les autorités concernées pour rechercher les causes de la mortalité des abeilles et teste un ensemble de solutions pour combattre les maladies touchant les abeilles, notamment de nouveaux moyens de lutte contre les acariens parasites, tels Varroa destructor, et le parasite Nosema ceranae rencontrés dans la majorité des ruches du monde.
     
  • Une démarche lancée en 2002 en Grande-Bretagne…
    S’attaquant au problème de la raréfaction des sources de nourriture pour les abeilles et autres pollinisateurs, Syngenta a lancé en 2002 au Royaume-Uni le programme « Operation Bumblebee » (opération bourdons). Cette opération partait du constat, issu du programme Buzz, que la réduction des populations de bourdons était surtout due à la diminution des légumineuses dans les systèmes agricoles et pouvait être inversée en plantant en bordure de champs des plantes riches en nectar et en pollen qui fleurissent à différentes périodes de l’année. En trois ans, ce projet a permis de multiplier les populations d’abeilles et de régénérer des espèces rares proches de l’extinction. Le nombre d’autres insectes pollinisateurs a été multiplié par dix et la population de papillons a été multipliée par douze.
     
  • … étendue au reste de l’Europe en 2008
    Syngenta a élargi ces travaux au reste de l’Europe en 2008 en lançant le programme « Opération pollinisateurs », qui favorise une agriculture respectueuse des abeilles et aide à assurer la disponibilité de plantes en fleurs lorsque les cultures n’offrent pas une source suffisante de pollen et de nectar.
    > En savoir plus sur l'Opération pollinisateur.

Quelles sont les pistes de travail concrètes dans le secteur apicole ?

  • En France, un Plan de développement durable de l’apiculture
    Les apiculteurs doivent être aidés par des règles claires sur la gestion de la santé des abeilles et par de meilleures informations sur les règles d'hygiène pour réduire les infections et les maladies dans les ruches. Pendant trop longtemps, l’apiculture a été une activité sous-estimée et sous-évaluée. Cette situation doit évoluer. Le ministère de l’agriculture a mis en place un Plan de développement durable de l’apiculture lancé en 2013 qui vise, notamment, à mettre en place une interprofession.
     
  • Une professionnalisation à accentuer
    De nouvelles techniques apicoles, de nouvelles demandes agricoles et de meilleures connaissances ont permis d’améliorer la qualité et la quantité des rendements en miel et la santé des abeilles dans de nombreux endroits. Cependant, en Europe et en France, les apiculteurs sont encore de nos jours en majorité des amateurs qui pratiquent leur hobby. Seuls 3 % d’entre eux sont des professionnels.
     
  • Un suivi plus local des ruchers
    Dans un rapport rendu public début 2015, l’Anses suggère l’idée de construire des réseaux de ruchers de références par région de production. La question de l’hétérogénéité des données et des conditions d’une zone à l’autre étant un des problèmes pour le traitement des données à l’échelle nationale, de tels réseaux permettraient aux apiculteurs d’avoir un étalon comparable à leur propre situation.
     
  • La génétique, pour des abeilles plus résistantes
    Une autre piste de recherche est le développement de nouvelles souches d’abeilles plus résistantes aux maladies et aux parasites. Des chercheurs indépendants en Europe développent des solutions pour sélectionner des « abeilles nettoyeuses », qui, contrairement à la plupart des abeilles domestiques, se débarrassent des larves infectées et sont résistantes au Varroa. D’autres recherches sont en cours et portent sur les causes du déclin des populations d’abeilles. Des approches épidémiologiques sont également à l’étude.