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La mortalité des abeilles pose question(s)

Bonnes pratiques
02.09.2016
Ruchers

Qu’est ce qui entraîne la mortalité des abeilles ces dernières années ? La tendance en Europe a-t-elle un écho sur le reste du globe ? Eléments de réponse.

Depuis plusieurs années, l’Europe fait face à une dégradation préoccupante de la santé des abeilles domestiques, avec pour résultat un déclin des colonies et des populations. Plusieurs causes possibles ont été avancées. Elles ont leurs partisans convaincus. Le consensus scientifique veut que cette dégradation soit due à une conjonction de facteurs, parmi lesquels figure en bonne place le varroa (un acarien parasite des abeilles), les virus, certains étant  justement transportés par le varroa, des maladies telles que Nosema ceranae ou les loques (américaines et européennes), la perte d'habitats appropriés et des sources d’alimentation.

Le chiffre : 45 %, augmentation du nombre de colonies depuis 1960 dans le monde
Les déclins constatés en Europe et aux États-Unis ne se retrouvent pas dans d’autres régions notamment celles de l’hémisphère sud. A l’échelle mondiale, depuis 1960, le nombre total de colonies d’abeilles domestiques a augmenté d’environ 45 %.

Agriculture et abeilles, une influence réciproque

L’agriculture et les abeilles s’échangent les services. Les abeilles butinent le pollen et le nectar, et de nombreuses cultures ont besoin des abeilles pour leur pollinisation. Toutefois, l’équilibre est fragile - comme c’est le cas en général en écologie. L’habitat agricole n’est pas naturel à proprement parler et n’offre pas toujours des conditions de vie optimales pour les abeilles. C’est notamment le cas des grandes zones de monoculture. L’usage des insecticides, quand il sort du cadre des bonnes pratiques agricoles, peut également avoir un impact.

> Voici un tour d’horizon des causes de mortalité des abeilles :

Acariens et parasites

Les abeilles domestiques sont sensibles à divers acariens et parasites et leurs larves sont menacées par des maladies bactériennes contagieuses.

Des acariens, des virus et des maladies ont été retrouvés dans les ruches partout en Europe. Trois acariens suceurs de « sang » sont particulièrement préoccupants et touchent actuellement les abeilles dans le monde entier : Varroa, Acarapis et Tropilaelaps. Ce dernier n’est pas encore arrivé en France.

Mite parasite des abeilles

Varroa destructor, ennemi numéro 1

Le Varroa destructor, découvert dans des ruches en Europe dans les années 80 et vecteur de maladies virales, a été clairement identifié comme le dénominateur commun qui participe au déclin des colonies d’abeilles domestiques. Le varroa se déplace sur le corps des adultes et se développe en parasitant les larves. 

Acarapis, qui vit dans le système respiratoire des abeilles adultes, est de son côté à l’origine de l’acariose des trachées. Au début du 20e siècle cet acarien a entrainé la mortalité de nombreuses colonies en Europe, l’abeille hybride de l’abbaye de Buckfast a permis de limiter l’impact de ce parasite du système respiratoire de l’abeille domestique.

En France depuis 1982, Varroa a causé la mort de millions d’abeilles domestiques. Il nécessite de la part des apiculteurs au moins une application insecticide chaque année

Des programmes de sélection tentent de développer des souches d’abeilles résistantes aux Varroa. Pour l’instant, ces programmes n’ont pas apporté de solution concrète contre le varroa.

Nosema ceranae : le champignon qui entraine dysentrie et paralysie
Parasite de l’intestin de l’abeille, le champignon protozoaire Nosema ceranae, est lui aussi récemment arrivé en Europe et aux Etats Unis. Il provoque, à l’instar de différents virus, la dysenterie et des paralysies chez les abeilles adultes et des effondrements de colonies.

 

Monoculture et perte d'habitats

Monoculture causes mortalité abeillesLa perte des habitats est un problème crucial pour tous les pollinisateurs sauvages. C’est notamment le cas dans les zones de monoculture. Dans un paysage sans fleurs, riches en nectar et en pollen, les abeilles sauvages et autres pollinisateurs ne trouvent pas assez de nourriture pour assurer leur survie.

Les habitats où poussent les fleurs sauvages sont en effet plus rares. Dans le même temps, se développent de vastes zones de production de grandes cultures, dans lesquelles le nombre de cultures mellifères et polliniques est faible et où des alternances de ressources pléthoriques (colza) alternent avec des périodes de disette (fin de la floraison du colza). Dans ces conditions, un développement régulier des colonies est difficile.

Concernant les pertes d’habitats, l’abeille domestique, « hébergée » dans les ruchers installés par les apiculteurs, n’est pas concernée par cette « crise du logement ». En revanche, les nombreuses espèces d’abeilles sauvages (solitaires pour la plupart) qui dépendent d’habitats et de plantes sauvages spécifiques, peuvent être particulièrement touchées.

Mauvaise utilisation des produits phytosanitaires

Utilisation des pesticides

Les phytosanitaires sont une menace pour les abeilles en cas de mésusage, notamment quand les recommandations d’utilisation ne sont pas respectées.

Les produits phytosanitaires, y compris ceux à base de néonicotinoïdes, ont été utilisés en toute sécurité depuis de nombreuses années, sur des millions d’hectares de cultures dans toute l’Europe. Les quelques dommages rapportés sur la santé des abeilles dus à ces produits sont liés à de rares cas d’utilisation inappropriée du produit par les agriculteurs (non-respect des recommandations mentionnées sur l’étiquette). Syngenta communique sur les bonnes conditions d’usage de ses produits.
> Voir le Guide Utiliser.

Certaines études théoriques ont récemment prétendu que ces produits sont directement responsables des disparitions d’abeilles, même lorsqu’ils sont appliqués correctement, au bon moment et au bon endroit. Il n’existe aucune preuve en conditions pratiques pour étayer cette conclusion.

Moins de 5 % des cas de mortalité des abeilles liés aux insecticides
En 2013, sur 98 cas de mortalité aigue en France, seuls cinq étaient liés à l’utilisation de produits phytosanitaires. L’année suivante, ce chiffre était de dix, sur 115 cas de mortalité aigues. Soit moins de 5 % sur ces deux années.

 

Conduite des ruchers

Face au varroa et autres parasites et bactéries, les apiculteurs ont besoin d’accompagnement, de solutions et de réglementation.

Ruches

Les apiculteurs sont des éleveurs. La santé de leur « cheptel » est essentielle pour eux. Comme tout autre éleveur, ils sont soumis à une règlementation stricte. En revanche, il existe peu de règle de conduite du cheptel d’abeilles. Certains apiculteurs manquent d’accompagnement sur la conduite des ruchers dans le respect des règles d'hygiène et sur les bonnes pratiques apicoles. Par ailleurs, le peu de solutions vétérinaires appropriées est parfois également en cause.

Pendant trop longtemps, l’apiculture a été une activité sous-estimée et sous-évaluée. Cette situation doit évoluer. Le ministère de l’agriculture a mis en place un Plan de développement durable de l’apiculture lancé en 2013. Parmi ses objectifs, la mise en place d’une interprofession au sein de cette filière.

Le chiffre : 3 %
C’est la proportion d’apiculteurs français professionnels, soit moins de 2 000 sur plus de 42 000 apiculteurs en tout. Attention toutefois aux raccourcis : amateurisme n’est pas synonyme de mauvaise conduite des ruchers !

 

Syndrome d'effondrement

Le syndrome d'effondrement des colonies correspond à la disparition soudaine des ouvrières d’une ruche ou d’une colonie d’abeilles domestiques. Décryptage.

Colonie d'abeilles

Des disparitions massives de colonies se sont déjà produites au cours de l’histoire de l’apiculture. Le terme de syndrome d’effondrement n’apparait pour la première fois que lors d’une augmentation drastique des disparitions d’abeilles en Amérique du Nord, fin 2006. Les apiculteurs européens ont observé des phénomènes similaires dans les années suivantes. Cependant rien n’indique selon les experts que  les disparitions en Europe sont de même nature que celles en Amérique du Nord.

Aux USA, en 2007, certaines autorités ont incriminé des facteurs biotiques, tels que le varroa et les pathogènes comme Nosema apis, ou le virus israélien de la paralysie aigüe (insérer lien vers la page parasite). D’autres facteurs avancés sont notamment le stress dû aux changements environnementaux, la malnutrition et la transhumance des ruchers.

Des causes multiples

Un rapport récemment publié en 2010 par le Département de l'agriculture des États-Unis (USDA) indique que « sur la base des analyses préliminaires d’échantillons d’abeilles (touchées ou non par le CCD), les comptes rendus ont noté, dans les colonies touchées par le CCD, une forte présence de virus et autres pathogènes, de produits phytosanitaires et de parasites, contrairement aux colonies non touchées par le CCD qui présentaient des niveaux plus faibles. Ce travail suggère qu’une combinaison de facteurs environnementaux de stress peut déclencher une cascade d’évènements et contribuer à l’effondrement d’une colonie où des ouvrières affaiblies sont plus sensibles aux ravageurs et aux pathogènes. »

Malnutrition

La qualité de l’alimentation des abeilles se dégrade en raison de baisse de la quantité et de la qualité du nectar et du pollen dans les zones de biodiversité limitée.

Les pratiques agricoles et l’extension des zones urbaines ont entraîné la disparition de nombreux espaces naturels où poussaient les fleurs sauvages. Au Royaume-Uni, par exemple, il reste seulement 2 % de prairies fleuries naturelles.  Ces carences conduisent d’ailleurs de nombreux apiculteurs à augmenter l’alimentation des ruches avec du sirop, qui malheureusement ne remplace qu’incomplètement le nectar.

Abeille sur fleur pollinisateur

Des efforts sont entrepris pour améliorer la nutrition des abeilles dans les zones agricoles, comme par exemple le projet « opération pollinisateurs » de Syngenta (insérer un lien). Les habitants des zones agricoles, urbaines et suburbaines peuvent aussi contribuer à enrichir la nutrition des abeilles, comme planter des fleurs sauvages et des plantes indigènes (sources d’alimentation d’origines florales diverses) qui n’attirent pas seulement les abeilles, mais aussi les papillons, les autres pollinisateurs et la faune sauvage.

La flore locale, alliée des abeilles
Les plantes locales et fleurs sauvages sont adaptées aux conditions climatiques et d’environnement local. Elles favorisent la vie indigène sans perturber l’équilibre naturel. C’est pourquoi, elles sont les meilleures alliées des abeilles. Idéalement chaque jardin devrait posséder au moins quelques plantes mellifères et pollinifères.

 

Transport

Le transport des abeilles sur de longues distances induit un stress important pour les abeilles.

Transport d'abeilles

La location d’abeilles pour la pollinisation constitue un élément-clé de l’agriculture aux États-Unis. Elle ne pourrait atteindre ses niveaux de production actuels avec uniquement les pollinisateurs locaux. Le déplacement de colonies entières par camion, voire même par avion, sur de longues distances pour polliniser les cultures et les contacts avec des abeilles d’autres régions du pays, favorisent probablement la propagation des virus et des acariens dans les colonies.

Une pratique moins courante en Europe qu’aux Etats-Unis

En outre, les déplacements continuels et les réinstallations successives représentent une contrainte et une perturbation pour toute la ruche, la rendant éventuellement moins résistante à toutes sortes de désordres systémiques. 

Les apiculteurs d’Europe et d’Asie sont en général moins mobiles. En cas de déplacement, les distances sont moindres et les mélanges de populations s’opèrent sur des zones géographiques plus limitées. Les déplacements sur de longues distances, quand ils existent, sont de toute façon moins fréquents.

Facteurs climatiques

La variabilité des tendances météorologiques saisonnières est considérée comme une clé de la mauvaise santé des abeilles, notamment pour la mortalité hivernale.

Ruches en hiverLes abeilles sont extrêmement sensibles aux changements climatiques. Des températures et une pluviométrie adaptées favorisent la production de nectar des fleurs et augmentent ainsi la productivité de la colonie. A l’inverse, les pluies trop abondantes ou un assèchement des fleurs peuvent avoir un effet négatif sur la productivité de la colonie. Des températures anormalement fraîches, alors que les abeilles sont encore jeunes, ont un effet négatif sur la santé de la ruche. Certaines abeilles immatures mourront et les survivantes seront plus sensibles aux maladies une fois adultes.

En Europe, les pertes après l’hivernage sont souvent corrélées à un butinage insuffisant en automne, à un hiver rude et à un printemps humide et un manque de ressource permettant aux colonies de passer l’hiver dans de bonnes conditions.

Génétique

Génétique abeillesLa sélection génétique des abeilles mène parfois à de la consanguinité, entrainant un affaiblissement de leur robustesse ou une inadaptation à leur environnement.

Les abeilles domestiques ont été sélectionnées, au fil des générations d’apiculteurs, pour leur caractère peu agressif et leur productivité en miel. En conséquence, un grand nombre d’abeilles provient d’un nombre réduit de reines, un procédé qui limite la diversité génétique dans les populations d’abeilles domestiques.

Les abeilles domestiques peuvent alors souffrir d’un manque de variabilité génétique, ce qui augmente le risque de maladies héréditaires, diminue la vitalité et la vigueur des individus et conduit à une sensibilité uniforme aux maladies infectieuses. 

De plus la facilité des échanges mondiaux permet à tout un chacun d’acheter des reines au quatre coins du monde sans être sûr que ces souches sont adaptées aux zones d’implantations.

Méconnaissance

Méconnaissance des abeillesSachez reconnaître les abeilles ! Il n’est pas toujours facile de faire la différence entre un bourdon, une abeille, une guêpe, un frelon et les autres insectes similaires…

En raison des piqures douloureuses des femelles d’hyménoptères et des réactions parfois allergiques qu’elles entrainent, beaucoup de personnes ont peur des abeilles, des guêpes et autres insectes... Toutefois, dans la plupart des cas, ces insectes ne sont pas agressifs sauf lorsqu’ils se sentent menacés.

Apprenez à les reconnaitre (lien vers la page Insectes volants).

Prédateurs

Prédateur des abeillesPlusieurs animaux sont des prédateurs des abeilles et peuvent parfois affaiblir les colonies. Le frelon asiatique est une menace montante.

Le frelon asiatique est apparu relativement récemment en France. Alors que deux nids étaient détectés en 2004, ils dépassaient le millier en 2007. Plus de 70 départements sont aujourd’hui concernés.

L’abeille asiatique (Apis ceranae), en co-évoluant avec le frelon asiatique (Vespa velutina), a su développer ses propres méthodes de défenses. L’abeille européenne (Apis mellifera), qui a co-évolué avec le frelon européen (Vespa crabo), se revèle sans défense contre cette nouvelle menace venue d’Asie. Plusieurs pistes de travail sont étudiées : des piégeages plus efficaces, de meilleurs moyens de détection, ou encore limiter l’effet stressant de la présence du prédateur sur les abeilles. Une collaboration européenne est à l’ordre du jour.

On peut citer, parmi les autres prédateurs des abeilles :
• des oiseaux comme la bondrée apivore et les guêpiers qui attrapent les butineuses à proximité de l’entrée de la ruche,
• les Asilidae (mouches prédatrices) qui s’attaquent aux abeilles individuellement lorsqu’elles visitent les fleurs,
• des araignées comme l’araignée crabe,
• les frelons et les guêpes qui pénètrent dans les nids ou les ruches pour voler les larves,
• les renards et les blaireaux sont aussi des prédateurs, au même titre que les ours dans certaines régions.