Christoph Mainka, 33 ans de sélection dédiée au maïs ensilage
Sélectionneur chez Syngenta depuis 1992, Christoph Mainka est un expert du maïs ensilage. Rencontre avec un homme qui a consacré sa carrière à la sélection du maïs.
Quelles sont les variétés de maïs fourrage qui ont marqué votre carrière ?
J’ai commencé ma carrière chez Sandoz Seeds en décembre 1992 et l’un des premiers référencements marquant auprès de l’Office fédéral allemand, a été celui de la variété OLDHAM en 1999, une variété qui s’est vendue à plus de 2 millions d’unités par la suite. C’était un maïs fourrage très digestible et tolérant au stress hydrique.
La deuxième variété dont je suis fier est SY TALISMAN, un maïs ensilage qui a été lancé sur le marché allemand et s’est largement développé par la suite en Pologne et en Russie avec près de plusieurs centaines de milliers d’unités par an. SY TALISMAN est une variété encore recommandée aux Pays-Bas grâce à sa très haute teneur énergétique.
Plus récemment, j’ai eu la chance de développer des variétés comme SY LIBERTY, SY AMFORA et SY REMCO qui sont issues d’une nouvelle génération qui a bénéficié de la sélection génomique. SY REMCO est aujourd’hui un maïs ensilage qui occupe la première place dans de nombreux essais variétaux de différents pays en Europe.
Qu’est-ce qui a changé en 30 ans ?
Au début de ma carrière, mon travail de sélectionneur était orienté sur l’adaptation du maïs, plante tropicale à l’origine, à des régions de culture situées au nord ou en altitude. En effet, il y a 30 ans, le maïs était absent de régions comme le Schleswig Holstein en Allemagne, et aujourd’hui cette région est une zone de production de maïs fourrage importante avec des variétés dont la précocité est adaptée au contexte pédoclimatique. Les 3 grands critères de sélection du maïs fourrage étaient déjà la stabilité du rendement dans de larges conditions de culture, la tolérance aux maladies et la valeur énergétique. Ces priorités de recherche sont toujours d’actualité, mais ce qui a changé c’est l’apport de la sélection génomique qui permet d’intégrer des fonctions complexes à partir des données d’analyses des marqueurs moléculaires pour estimer les caractéristiques de digestibilité, de stabilité et de rendement. Cela nous permet de ne pas tester de génotypes dont on peut prévoir qu’ils n’auront aucune chance.
Concernant les maïs fourrage Powercell™, la promesse de digestibilité ne se fait-elle pas au détriment de la tenue de tige ?
La stabilité de la tige est en effet un critère qui dépend des composantes « racine » et « tige » de la plante. Dans le cas des maïs labellisés Powercell™, la lignification de la tige est modifiée et cela n’est pas nécessairement lié à une réduction de la teneur en lignine mais à une optimisation de sa structure moléculaire. Néanmoins, une variété hautement digestible (maïs corné denté) aura toujours du mal à s’imposer par rapport à un maïs grain (denté denté).
Au cours des dernières années de sélection, au travers de la recherche de nos variétés Powercell™, la stabilité à la tenue de tige du matériel végétal Syngenta a fortement été améliorée.
Quelles sont les évolutions attendues pour les années à venir ?
Notre schéma de sélection est en cours d’évolution avec une optimisation selon de nouveaux critères méthodologiques. La sélection génomique nous permet en effet d’utiliser de manière plus durable les données issues des essais de rendement et ainsi d’optimiser nos systèmes de contrôle. La sélection est un processus à long terme, les lignées parentales de variétés largement déployées aujourd’hui comme SY OPALE et SY REMCO datent respectivement de 2017 et 2020. Notre objectif est toujours de proposer de nouvelles variétés « supérieures » aux variétés existantes, ce qui signifie pour le maïs fourrage, plus de rendement, plus de régularité et une très bonne valeur alimentaire. Un défi à relever chaque jour après 33 ans de sélection chez Syngenta.